Le(s) roman(s) coup de coeur du mois

   

Janvier 2022

 
   

Fils de voleur

Manuel Rojas, édition L'échappée, 2022.

Publié en 1951, ce roman de l'auteur chilien Manuel Rojas nous raconte l'errance d'Aniceto Hevia, tout juste sorti de prison, condamné pour un crime qu'il n'a pas commis. Sa véritable faute? celle d'être le fils d'un voleur. Cette ascendance va le marginaliser dès son plus jeune âge et peser sur sa destinée. Rojas livre avec ce roman, un récit résolument moderne, habilement construit et profondément politique. En grande partie autobiographique, Rojas s'attache à décrire le prix, douloureux, d'une certaine liberté chez les marginaux et les miséreux, où vivre libre va souvent de pair avec vivre le ventre vide.

" Tout le monde attend ceci ou cela, le ridicule ou le grandiose, le vrai et le faux, le petit et le grand, ce qui arrivera et qui ne viendra pas, ce qui peut arriver, ce que l'on mérite, ce que l'on ne mérite pas. Les êtres vivent dans l'attente et meurent attendant, sans que rien arrive sinon la mort que l'on attend jamais. " (p.226)

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Mendiants et orgueilleux

Albert Cossery, édition Joëlle Losfeld, 1993.

Gohar ne possède qu’une chaise et un vieux tas de journaux qui lui sert de lit. Son lit justement, il le perd dès les premières pages du roman, emporté par les eaux de toilette funéraire de son fraichement défunt voisin. Peu importe, là n’est pas l’importance. Gohar s’attache à  deux choses dans la vie, discourir avec ses comparses, à l’ombre d’un café, autour d’une tasse de thé noir et s’émerveiller de la futilité de notre monde. S’il peut faire tout cela en suçotant une boulette de haschich, il n’est plus loin de la béatitude.

On enquête dans ce livre sur un meurtre dont Gohar est responsable, meurtre commis presque par inadvertance, dans une bouffée délirante. Meurtre qu’il considérera comme anecdotique. Car pour Gohar, comme pour Cossery le propos n’est pas vraiment là. Chez Cossery, l’intrigue est souvent secondaire. Ici, c’est des personnages et de leurs péripéties qu’on se délecte. Gohar nous invite à partager ses journées avec sa bande de pieds nickelés. Qu’il nous présente Yeghen, poète dealer et mendiant à la laideur aussi admirable que ses vers, ou encore El khordi, fonctionnaire révolutionnaire léger et amoureux transis, pratiquant la grève du zèle et l’absentéisme comme d’autre la guérilla, Cossery nous parle de son monde et assurément de lui.

Ici, l’homme libre est un animal oisif, rentré en résistance par le sommeil et la paresse, les autres, ceux qui vivent et soutiennent le système sont dans la frustration, la douleur. Tout est donc question de résistance nonchalante.

"Il détestait s’entourer d’objets; les objets recelaient les germes latents de la misère, la pire de toutes, la misère inanimée, celle qui engendre fatalement la mélancolie par sa présence sans issue ."

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Décembre 2021

 
   

Roberto Arlt

né le 2 avril 1900 à Buenos Aires et mort le 26 juillet 1942 dans la même ville.

Une fois n'est pas coutume mais pour ce dernier mois de l'année, ce n'est pas un roman mais un auteur que l'on met sous les projecteurs! Roberto Arlt, écrivain et journaliste argentin,  a écrit la ville et ses hommes et femmes, souvent à travers un prisme où ironie et absurde font bon ménage. Mort prématurément, il reste l'un des grands auteurs argentins surtout connu pour son formidable diptyque Les sept fous et Les lances-flammes. Le reste de son œuvre mérite pourtant de s'y plonger. Que ce soit dans Eaux-fortes de Buenos Aires , mini récits et véritables photographies du Buenos Aires des années 30, ou dans ses recueils de nouvelles et ses autres romans, Arlt nous propose toujours une littérature novatrice, métaphysique et réjouissantes. Un grand Monsieur!

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Novembre 2021

 
   

Shuggie Bain

Douglas Stuart, 2021.

Shuggie, garçon de 8 ans, est élevé dans une banlieue sordide de Glasgow par une mère alcoolique. Shuggie aime sa mère, inconditionnellement, et va, littéralement, la porter et tenter de la sauver, envers et contre tous, alors qu'il n'est, lui même, pas taillé pour affronter la dureté de son environnement. Ce roman, fortement autobiographique, s'inscrit dans la lignée des grands romans sociaux du 19e siècle, si ce n'est qu'ici, Douglas Stuart nous raconte, dans un style très classique mais aussi très convaincant, comment le thatchérisme des années 1980 a broyé les vies d'une multitude de prolétaires. Un roman que Hugo ou Dickens auraient pu écrire et que Ken Loach pourrait adapter. Tout simplement poignant.

 

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Le secret de Joe Gould

Joseph Mitchell, Édition du sous-sol, 2021.

 

Joseph Mitchell, journaliste au New Yorker pendant plusieurs décennies, a voué sa plume à décrire les habitants de sa cité, avec une passion pour les marginaux, les excentriques et les invisibles. De tous ces récits, ceux sur Joe Gould sont de vraies pépites. Mais de qui parle t'on? D'une de ces silhouettes qui a arpenté Greenwich Village à New York pendant près de 30 années. Joe Gould est un clochard céleste, fantasque et diplômé d'Harvard, un vagabond qui s'est mis en tête d'écrire le manuscrit le plus long de l'histoire, onze fois plus long que la bible, compendium de la pensée humaine, somme des conversations glanées au cours de ses pérégrinations. En deux récits, Mitchell nous raconte Joe Gould, qu'il a bien connu, et nous invite dans un voyage obsessionnel. En effet, Mitchell n'aura de cesse que d'essayer de lire cette "Histoire orale de notre temps " que Joseph Gould a disséminé sur d'innombrables cahiers d'écolier. Un régal!

 

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Octobre 2021

 
   

Romance in Marseille

Claude Mc Kay, Héliotropismes, 2021.

 

Roman inédit écrit entre 1933 et 1934 par Claude Mc Kay, l'un des grands auteurs de ce que l'on a appelé "la renaissance de Harlem", Romance in Marseille nous conte les errances de Lafala, docker ouest-africain qui a perdu ses pieds suite à une traversée clandestine. Mc Kay nous entraine au cœur du quartier interlope de la Fosse dans le port de Marseille. Dockers, marins, proxénètes et filles de joie, militants communistes  y sont dépeint avec sincérité et sans tabou, dans ce roman prolétaire qui fait la part belle aux marginaux et à la diaspora africaine.

 

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Omissions

Emiliano Monge, Grasset, 2021.

Dans ce roman, l'auteur mexicain s'interroge sur son héritage paternel dans une famille où de père en fils l’absence et le détachement résonne comme une malédiction, un atavisme funeste. Sur trois générations, servi par une très belle écriture et un habil découpage, Emiliano Monge nous décrit ce qui semble être une fatalité familiale, avec en toile de fond une peinture politique et social de son pays.

 

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